mercredi 25 avril 2012

Le Pauvre Théâtre




Le Pauvre Théâtre ferme ses portes

Près de l’église Saint Olaf, dans l’entresol d’un immeuble vétuste de la rue des Typographes, dont l’arrière cour abrite également une synagogue, fonctionna le théâtre du dramaturge valadonien Forster Boyôs, qui réussit la prouesse de jouer pendant trente ans ses pièces  « tristes et cordiales » au dessus d'un restaurant lituanien, sans que les odeurs, ni le vacarme de la cuisine, située sous la scène, puissent nuire à sa dramaturgie, ni a ses choix de mis en scène osés, bien au contraire. Certains critiques insistèrent sur l’absence de costumes et décors, d'autres virent dans le fait que tous les personnages crées par Boyôs répondent sans exception au nom de Ben Sadalna comme une des grandes nouveautés du pauvre théâtre ; nous autres, valadoniens en exil, nous soulignons plutôt le rapport au restaurant d’en bas, à la rue, et donc, à la ville, comme sa principale originalité.
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La fermeture définitive de ce haut lieu du « théâtre olfactif » nous empli de peine, mais on se console grâce au souvenir: du temps de L'épopée du rat servile, la queue du public faisait le tour du pâté de maisons, gagnant parfois la cour des immeubles, où ledit public finissait par piqueniquer ou nouer des amitiés fébriles avec divers artisans, oubliant complètement la pièce et le théâtre. Lassés par l'attente et la mauvaise organisation, d'autres spectateurs préféraient, aux fauteuils du théâtre, les sièges nettement plus confortables de la terrasse du restaurant lituanien, sans se douter néanmoins à quel point les deux étaient intimement liés, et l'apparente désorganisation, un recours dramatique de plus dans la palette de Boyôs
On se demande si tout cela eut bien lieu: les gens fredonnant les airs du Rat servile dans les tramways, imitant sur un trottoir les scènes de claquettes dans Les clémentines pourries, ou encore voulant reproduire le fameux bal des fritures lituaniennes dans le restaurant même qu'avait inspiré la troupe du Pauvre Théâtre...
Oui, aujourd'hui, en regardant la façade de l'immeuble, toute ravalée, absente, orpheline de l'enseigne discrète du pauvre théâtre, on se demande si tout cela eut bien lieu.
Cette ville ne sera plus la même.
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