mercredi 8 juin 2016

Des Cendres, et des tentatives d'épuisement graphique


J'aurais voulu me promener dans cette arrière-cour, quelque part aux Pays Bas, aller caresser l'écorce de l'arbre là-bas au fond, juste pour vérifier qu'il existe, ou entendre les cris ou le chant de ces mendiants estropiés, mais rien ne fit: j'étais toujours dehors et le bruit était celui des visiteurs du Louvre, ou même des gardiens des salles. Plus je regarde (un tableau), moins j'en voit (net).
Les variations graphiques que j'ai fait autour des Mendiants de Bruegel, en dessin, en gravure, en collage, sont autant des tentatives de pénétrer ce tableau, d'en saisir quelque chose, l'histoire qu'il raconte ou bien celle qu'il cache.

"Certains interprètes de bonne renommée veulent reconnaître dans ce tableau cinq ou six pendus redescendus de la potence, libres à nouveau de se déplacer sur de la terre battue, au nom de je ne sais quelle remise de peine – contents d’être en vie, on peut le supposer, et prêts à supporter le fardeau des rescapés. Ils avaient fait des razzias deux semaines plus tôt, ils avaient embroché des prêtres et violé des nonnes, tant bien que mal, faisant de ces cliquetis incompatibles avec l’amour, incompatibles avec l’héroïsme crapuleux du violeur ; puis s’en étaient allés avec des brioches sous le bras, des calices d’or, un portrait du Seigneur, un de plus, par Petrus Christus. On les a rattrapés à la sortie de la ville : un seul filet avait suffit, ils gigotaient tous dans la nasse, convaincus alors d’une seule chose, ces innocents, une seule, sur le moment : il faut s’entretuer pour s’en sortir vivant. "
Pierre Senges, Cendres des hommes et des bulletins, Le Tripode, 2016.


lundi 23 mai 2016

Cendres des hommes et des bulletins




En 2010 j'ai invité l'écrivain Pierre Senges à m'accompagner au Musée du Louvre. Je l'ai mis devant les Mendiants de Bruegel l'Ancien, et sans trop le laisser réfléchir, je lui ai proposé qu'on travaille ensemble à des variations autour de cette toile. L'idée était de faire une enquête graphique et littéraire sur l'histoire de ces mendiants estropiés peints par Bruegel.
Six ans, de dizaines de dessins et un anti-pape plus tard, ça donne le livre Cendres des hommes et des bulletins, publié par Le Tripode, qui sortira le 8 septembre prochain.
Sur la genèse du livre, vous pouvez lire un entretien avec Pierre Senges et moi-même disponible ici.

/// En 2010 invité al escritor Pierre Senges a que me acompañe al museo del Louvre. Lo puse delante de los Mendigos de Bruegel y, sin dejarlo pensar demasiado, le propuse que trabajaramos juntos a una serie de variaciones sobre ese cuadro. La idea era hacer una suerte de investigación gráfica y literaria sobre la historia de esos mendigos estropeados que pintó Bruegel. Seis años, decenas de dibujos y un anti-papa mas tarde, he aquí el libro Cenizas de hombres y de boletines, publicado por Le Tripode.
Sobre la génesis del libro, se puede leer una entrevista a los autores aquí.




vendredi 13 mai 2016

Le Pape François

Le Pape François, symbole d'une Europe plus unie. Illustration pour Le Monde.
/// El Papa Francisco, símbolo de una Europa más unida. Ilustración para Le Monde.

mercredi 4 mai 2016

Cendres des hommes et Mendiants finis

Les dessins sont terminés, le projet est refermé et le livre (presque) imprimé, mais ces mendiants estropiés de Bruegel font de la résistance et refusent le tiroir dans lequel j'allais les ranger. Ils ont acquis une nouvelle existence, presque familiale, et ne se gênent plus pour se pointer dans mes carnets. Ils osent maintenant vociférer tout ce qu'auparavant ils ne faisaient que suggérer.

La sortie du livre Cendres des hommes et des bulletins, en collaboration avec Pierre Senges, est prévue pour septembre prochain aux éditions Le Tripode.






 /// Cenizas de hombres y mendigos terminados. Los dibujos están terminados, el proyecto cerrado y el libro casi impreso, pero estos mendigos estropeados de Bruegel resisten y rechazan el cajón en que iba a guardarlos. Han adquirido una existencia nueva, casi familiar, y aparecen por mis cuadernos cuando se les canta. Ahora osan vociferar todo lo que antens no hacían más que sugerir.

La salida del libro Cenizas de hombres y de boletines, en colaboración con Pierre Senges, está previsto para setiembre próximo en las ediciones del Tripode.

vendredi 22 avril 2016

Bruegel, Rembrandt, Meidner...La tête contre le mur

Dessins inspirés (?) d'un détail des Proverbes Néerlandais, 1559, de Pieter Bruegel l'Ancien, d'une Minerve de Rembrandt, de 1631, et finalement du Portrait d'une dame juive de Ludwig Meidner, des années 1930, tous vus à Berlin.

"Quand je pense aux puissants dessinateurs des siècles passés ! Ces gredins imposants bien campés sur leur jambes écartées, sans peur ni crainte ni neurasthénie ! Quand je pense dans ma caboche à un Bosch van Aeken, un Breughel, un Callot ou à un coquin comme Hogarth ! {...}
Que n'ont-ils pas réalisé, ces bon dieu de bonshommes ! {...} Et comme tout est clair et sûr ! Et comme ils y ont cru ! "
Ludwig Meidner, Dans mon dos, l'océan des étoiles, 1918. 


Dibujos inspirados (?) de un detalle de los Proverbios holandeses de Pieter Bruegel el Viejo, de 1559, de una Minerva de Rembrandt, de 1631, y de un Retrato de una señora judía de Ludwig Meidner, de los años treinta, todos vistos en Berlín.

"¡Cuando pienso en los poderosos dibujantes de los siglos pasados! ¡Aquellos sinverguenzas bien firmes sobre sus piernas abiertas, sin miedo ni neurasténia! Cuando pienso en mi cabezota a un Bosch van Aken, un Brueghel, un Callot o a aquel pícaro de Hogarth! 
{...} Cuánto han realizado, esos dioses de hombres! ¡Y cómo todo es claro y seguro! ¡Y cómo creyéron en lo que hacían!"
Ludwig Meidner, En mi espalda, el océano de las estrellas, 1918.

mardi 15 mars 2016

Chômage de père en fils

Le chômage de père en fils, un dessin éditorial pour Le Monde du 16 mars. Les habitués de ce blog (?) sauront le reconnaître. Pour les autres: suivre ce lien.
/// El desempleo de padre a hijo, un dibujo editorial para Le Monde de mañana, que los asiduos de este blog (?) sabrán reconocer. Para los otros, este enlace.

dimanche 28 février 2016

Table de travail

Table de travail avec des dessins. Des dessins? Toujours le Même, ou, plus ou moins le seul et même Dessin, comme dirait Juan José Saer.
/// Mesa de trabajo con dibujos. ¿Dibujos? Siempre el Mismo, o más o menos siempre mismo Dibujo, como diría Juan José Saer.

vendredi 26 février 2016

Par où aller? (Le Monde)

La crise des migrants : un champ miné de frontières, discriminations et nationalismes diverses, sur lequel le migrant encore en vie sera obligé de marcher ; l'Europe se cherche, et ça fait peur.
Par où?, dessin à paraître dans les pages Débats du Monde de demain, samedi 27 février. Une version, à peine, des Half Man et autres moitiés d'homme que j'ai dessiné mille fois.
/// La crisis de los migrantes : un campo minado de fronteras, discriminaciones y nacionalismos varios, sobre el que el migrante aún vivo estará obligado de caminar ; Europa se busca, y da miedo.
Por dónde?, un dibujo para la edición del sábado de Le Monde. Una versión, apenas, de los Half Man y otras mitades de hombre que ya dibujé mil veces.

jeudi 21 janvier 2016

Enfance d'un Directeur de Ressources Humaines


C'est vrai que la vie d'un dessinateur n'est pas aussi dure que celle d'un entrepreneur : voilà cette Enfance d'un DRH, un dessin éditorial à paraître dans Le Monde daté du samedi 23 janvier. 
/// Es cierto que la vida de un dibujante es menos dura que la de un empresario: he aquí esta Infancia de un Director de Recursos Humanos, un dibujo editorial que aparecerá en Le Monde de mañana. "Míralos bien, querido. Mañana te arrancarán la camisa".

samedi 16 janvier 2016

Apatridie, l'envers du droit



Apatridie, l'envers du droit. Un dessin pour Le Monde de ce week-end, supplément Culture et Idées. /// Apatridismo, el reverso del derecho. Un dibujo para Le Monde de este fin de semana, en el suplemento Cultura e Ideas.

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samedi 28 novembre 2015

Moitié d'homme qui voudrait partir

Comment peut-on trouver plaisir au monde, à moins que ce ne soit une fuite?
Franz Kafka, Les aphorismes de Zürau.
///¿Cómo podemos encontrar placer en el mundo, a menos que lo huyamos?
Franz Kafka, Los aforismes de Zürau.


lundi 16 novembre 2015

Chaises vides à Paris


Impossible de prendre le crayon pour dire quoi que ce soit. Ne vaudrait-il pas mieux se taire un instant, sentir, réfléchir? J'ai trouvé ce dessin dans un de mes carnets: l'image même de l’incompréhension, de la peur, du silence, de la peine. Et de toutes ces vides qui se sont crées d'un coup, dans Paris, dans une certaine idée de la République. On annonce déjà de bombardements, de guerres impitoyables. Et encore de chaises vides.
/// Imposible agarrar el lápiz para decir algo sobre todo esto. ¿No valdría la pena callarse un instante, y sentir, y pensar? Encontré este dibujo en uno de mis cuadernos: la imágen misma de mi desazón, de la incomprensión, del miedo, del silencio y de la pena. Y de todos esos vacíos que se crearon de repente, en París, en cierta idea de República. Ya anuncian bombardeos, guerras sin piedad. Y más sillas vacías.

vendredi 2 octobre 2015

L'oiseau migrateur / Ave migratoria

Un dessin d'opinion (?), à paraître dans Le Monde daté du 3 octobre. On a bien sûr déjà oublié les migrants, au profit des morts dans un campus américain. L'actualité! Le temps que le dessinateur plonge sa plume dans l'encrier, l'actualité s'est déjà envolé de sa table, et ne reste que le petit bruit de la plume qui gratte le papier. Des caves d'Altamira à ma table de dessin, quelque quinze mille ans à peine.
/// Un dibujo de opinión (?), que va a salir en el Le Monde de mañana. Por supuesto ya se olvidó a los migrantes, porque ahora nos ocupan los muertos en un campus norteamericano. ¡La actualidad! Mientras el dibujante hundía la pluma en el tintero, la actualidad se voló de su tablero, y sólo queda el ruidito de la pluma rasgando el papel. De las cuevas de Altamira a mi tablero, apenas unos quince mil años.

lundi 14 septembre 2015

Les migrants en chiffres

Les migrants en chiffres, 2015. Encre de chine, collage.
Deux dessins pour Le Monde: en haut, Les migrants en chiffres, de 2015, en bas, Immigration choisie, de 2007. On vit dans un monde de chiffres et de dangers: dans la même journée, j'ai entendu parler des migrants comme d'une "menace", puis comme d'une "chance pour l'économie". À peine plus tard, les autorités faisaient remarquer qu'il y avait, parmi ces migrants, des "migrants économiques". Ceux-là, on allait les renvoyer. On allait les raccompagner chez eux, a-t-on dit. Puis j'ai éteint la radio.

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Immigration choisie, 2007. Encre de chine, aquarelle, tampons.
Dos dibujos para Le Monde: arriba, Los migrantes en cifras, de 2015, abajo, Inmigración elegida, de 2007. Vivímos en mundo de cifras y pelígros: en un mismo día escuché hablar de los migrantes como de una "amenaza", y luego como de una "suerte para la economía". Poco más tarde, las autoridades aclaraban que entre esos migrantes había también "migrantes económicos". Esos, los íban a mandar de vuelta. Los íban a acompañar de vuelta a casa, decían. Y apagué la radio.

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lundi 31 août 2015

Half Man fait sa rentrée

Half Man fuit, cours et saute, à la recherche de sa partie manquante, oubliée, ou égarée, et qui lui semble toujours plus significative que celle qu'il est. Pauvre Half Man. N'oubliez pas Half Man.

Les amateurs d'images sont de gens complexes. Lors d'un Salon il y a peu, on m'a demandé si je traversais "une période difficile de ma vie". Comment expliquer sinon que mes dessins soient "aussi sombres"?
Non, non, je m'amuse quand je dessine cela, dis-je. Je souris, même. Mais la personne ne semblait pas convaincue. Puis j'ai pensé à Kafka. On dit que Kafka riait énormément, en lisant la Métamorphose à ses amis, dis-je encore, un peu au hasard.
-Quoi, vous vous prenez pour Kafka maintenant?


Half Man huye, corre y salta, en búsqueda de la parte quele falta, olvidada, o extraviada, y que le parece siempre más significativa que la que es. Pobre Half Man. No se olviden de Half Man.

Los amantes de imágenes son gente compleja. Hace poco en un Salón, me preguntaron si atravesaba algún "momento difícil de mi vida". ¿Cómo explicar de otra manera mis dibujos, "tan sombríos"? No, no, yo me divierto dibujando eso, dije. Sonrío, incluso. Pero la persona no parecía convencida. Pensé en Kafka. Dicen que Kafka se reía mucho, cuando leía la Metamorfósis a sus amigos, agregué, un poco al pasar.
-¿Y usted se las dá de Kafka ahora?




lundi 10 août 2015

Hiroshima, hibakushas

Une série de six dessins pour Le Monde, publiés entre le 4 et le 11 août dans les pages Débats, autour du 70ème anniversaire des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki. Les américains, avec cette désinvolture morale qui les caractérise, nommèrent après coup cela Operation Necessary Evil. Le mal nécessaire.
Ce qui m'intéressa le plus dans les articles à illustrer, étaient les histoires des hibakusha, ces "victimes de la bombe" devenus des fantômes dans la société japonaise post-atomique. Beaucoup d'entre-eux n'ont jamais réussi à mettre des mots sur leur expérience, ni à la transmettre aux générations suivantes. Étrangement, ce visage d'hibakusha ci-dessus finit par rejoindre une série personnelle, que vous pouvez voir en cliquant ici. Comme quoi.

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dimanche 19 juillet 2015

Freud, les rêves et les sacs plastiques


Freud et compagnie: Hystérie, rêve, culture et inconscient. Un dessin fait après avoir vu le décevant Dangerorus Method de Cronenberg. Pour une raison qui m'échappe, la psychanalyse et les rêves sont toujours ridicules au cinéma. Borges dit quelque d'intéressant à ce propos, mais figurez-vous que je n'ai pas pu retrouver le passage. En tout cas, l'attirance/répulsion pour la psychanalyse m'a fait penser justement à un rêve, d'il y a quelques années, que voici. Bonnes vacances!

Jeudi 4 août 2011.
Je me promenais en vélo et tombais dans le jardin d'une maisonette. Une fille passait également en vélo et je craignais qu'elle ne tombe aussi, mais rien de cela: Elle me demandait si j'étais blessé et m'aidait à me remettre debout. Je ne pouvais alors éviter de remarquer ses habits étranges. "Une nouvelle manière d'entendre l'habillement", disait-elle, qui consistait à les créer soi-même en s'en servant des sacs en plastique usagés, de ceux qui s'accumulent par centaines chez tout le monde. Elle était un peu une référence, disait-elle, de ce nouveau mouvement de l'habillement, que ne tardais pas à qualifier de brillant, et elle ne tardait pas alors à m'offrir quelques vêtements pour débutants, qu'elle tirait du panier de son vélo. Je me dénudais immédiatement dans le jardin, pour me passer un grand sac poubelle noir qui m'arrivait jusqu'aux genoux, puis un sac plus petit et coloré sur la tête, comme un passe-montagne. J'avais un peu du mal à respirer, mais j'aimais regarder la rue entre les lettres imprimées et les couleurs délavés du sac plastique de supermarché ; j'aimais regarder la vie à travers le plastique de mauvaise qualité. C'est cela que j'aimais et non pas les discours que la fille déployait déjà, discours que j'aurais préféré oublier ou laisser derrière en remontant sur mon vélo, mais que je me sentais relativement obligé à écouter. Je les écoutais donc, mais derrière le sac de supermarché. 

/// Freud y compañía: Histéria, sueños, cultura e inconsciente. Un dibujo hecho después de ver la decepcionante Un Método peligroso de Cronenberg. El psicoanálisis y los sueños son, pour una razón que se me escapa, siempre ridículos en el cine. Borges dice algo interesante al respecto, pero fíjense que no he podido dar con la cita. En todo caso la atracción/repulsión hacia el psicoanálisis me recordó justamente un sueño, de hace algunos unos años, que aquí presento. ¡Felíces vacaciones!


 Jueves 4 de agosto del 2011.
Paseaba en bicicleta y me caía en el jardín de una casita. Una chica llegaba en bicicleta y yo temía que se caiga también, pero nada de eso: Me preguntaba si me había lastimado y me ayudaba a ponerme de pié. No podía yo entonces dejar de notar la extraña vestimenta que llevaba ella encima. "Una nueva  manera de entender el vestido", decía ella, creando cada uno sus prendas con bolsas de plástico usadas, de esas que se amontonan en todas las casas. Ella era un referente, decía, de ese nuevo movimiento del vestido, que yo no tardaba en calificar de brillante, y ella no tardaba entonces en ofrecerme algunas prendas para principiantes, que sacaba del canasto de su bicicleta. Yo me desnudaba allí mismo en el jardín y me pasaba una bolsa de residuos negra, que me cubría hasta las rodillas, y otra más pequeña y colorida sobre la cabeza, a modo de pasamontañas. Me costaba respirar, pero me agradaba ver la calle entre las letras impresas y los colores de la bolsa de supermercado ; me gustaba ver la vida à través del plástico de mala calidad. Es eso lo que me gustaba y no los discursos que ya desplegaba la chica, discursos que hubiera preferido olvidar o dejar atrás en bicicleta, pero que me sentía relativamente obligado a escuchar. Los escuchaba entonces, pero tras bolsa de supermercado.

jeudi 2 juillet 2015

Mendiants estropiés, dessinateurs maniaques


Deux grands dessins pour Cendre des hommes et des bulletins, le projet texte-image en collaboration avec l'écrivain Pierre Senges, et inspiré par le tableau des Mendiants de Bruegel.
De l'encre de chine, une dose de patiente et une autre de maniaquerie. Les ingrédients nécessaires au dessinateur.
...
"Et partout, les ahuris, les estropiés, pendant une journée entière jusqu’à ce qu’on éteigne la dernière torche, profitent de leur pouvoir sous le titre de Bourgmestre, Évêque des Fous, Abbé des Cornards, Prévôt des Étourdis, Abbé de Maugouvert ou de Lecache Profit – c’est un triomphe, mais comme l’équilibre de sept pommes posées l’une sur l’autre."
Pierre Senges, Echos de la fête des fous.


Dos dibujos grandes para Cendre des hommes et des bulletins (algo así como "Cenizas de hombres y de boletines"), el proyecto texto/imágen en colaboración con el escritor Pierre Senges, inspirado por los Mendigos de Bruegel. 
Tinta china, una dosis de paciencia y otra de manía. Los ingredientes necesarios de todo dibujante.
 

"Y por todos lados, los atolondrados, los estropeados, durante una jornada completa hasta que se apague la última antorcha, aprovechan de su poder bajo el título de Burgomaestre, Obispo de los Locos, Abad de los Idiotas, Preboste de los Mareados, Padre del Desgobierno o de la Avaricia – es un triunfo, pero como el equilibrio de siete manzanas puestas unas sobre otras."
Pierre Senges, Ecos del carnaval de los inocentes.

samedi 13 juin 2015

Bruegel, Mendiants, des cendres, et des tableaux à voler

En fuyant les touristes au Louvre, je me suis souvent réfugié dans "L'école du Nord", au deuxième étage, où parmi Bosch et Holbein, Memling et Van Dalem, j'ai découvert il y a quelques années ce petit tableau intime, modeste, étrange, féerique, peint par Bruegel en 1568 : Les Mendiants estropiés.

Que je me suis mis à copier, en croquis, dessins, gravures, en collages. La série de variations graphiques fut ensuite le point de départ pour des variations littéraires de l'écrivain Pierre Senges. Tout ce travail est devenu aujourd'hui un (projet de) livre, les Cendres des hommes et des Bulletins.
Ce Bruegel est une des œuvres que je serais prêt à voler, dont je parlais dans le post du 2 octobre 2014 (cliquez ici). Cette idée est devenue une série en soi, ouverte à d'autres dessinateurs, que vous pouvez voir  dans le blog Citron. Salut, estropiés!


/// Escapándo a los turistas en el Louvre, me he refugiado muy seguido en la "Escuela del Norte", en el segundo piso, donde entre Holbein y el Bosco, Memling o Van Dalem, descubrí hace años este pequeño cuadro, íntimo, modesto, extraño, mágico, pintado por Bruegel en 1568 : Los Mendigos estropeados.
Que empecé a copiar, en bocetos, dibujos, aguafuertes, en collages. Esa serie de variaciones gráficas fueron luego el punto de partida de variaciones litterárias del escritor Pierre Senges. Todo ese trabajo alrededor del cuadro es hoy un (proyecto de) libro:  Cenizas de hombres y boletines.
Este Bruegel es una de las obras que yo estaría dispuesto a robar, de las que hablaba en el post del 2 de octubre pasado. Esa idea se ha convertido en una serie misma, abierta a otros dibujantes, que se puede ver en el blog Citron. Estropeados, salud!

vendredi 29 mai 2015

Choses vues au Panthéon

Un dessin pour Le Monde du 30 mai, sur la cérémonie de panthéonisation des résistants Germaine Tillion,  Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. On salue l'arrivée des femmes au Panthéon ; moi, le choix du dessin (pour une fois) plutôt que de la photo, pour les portraits de ces nouveaux héros de la République. Cela dit, l'auteur de ces portraits, l'artiste Ernest-Pignon-Ernest, ami avec le président Hollande apparemment, assure qu'ils "lui ont donné beaucoup de peine". Nous aussi, mon cher Ernest, en voyant le résultat, on est un petit peu peinés.
/// Un dibujo para Le Monde, acerca de la ceremonia de panteonisación de los resistentes Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Todos subrayan la entrada de las mujeres al Pantéon,  y yo, que se haya elegido el dibujo (por una vez) y no la fotografía, para los retratos de esos nuevos héroes de la República Francesa. Eso dicho, el autor de esos retratos, el artista Ernest-Pignon-Ernest, un amigo del presidente Hollande aparentemente, dice que esos retratos le "dieron mucho trabajo y sufrimiento". Nosotros también, mi querido Ernest, estamos apenados

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mardi 19 mai 2015

Et pendant ce temps là, en Méditerranée...

Un dessin pour Le Monde, resté inédit, sur ce qu'on appelle migrants, ou bien réfugiés, ou encore clandestins de la Méditerranée.

Pour retrouver tous mes dessins du Monde, cliquez ici. ///Para ver todos mis dibujos de Le Monde.

vendredi 24 avril 2015

Arménie, amnésie

Génocide des Arméniens: cent ans de solitude.
Dessin paru dans Le Monde le 20 avril dernier, au sujet de ce qu'on appelle désormais "le premier génocide du vingtième siècle". Divers journaux français ont d'ailleurs trouvé exactement le même titre pour les articles le concernant, à savoir "Génocide des Arméniens: cent ans de solitude."
/// Genocidio de los Armenios: cien años de soledad. Dibujo publicado en Le Monde el 20 de abril pasado, acerca de lo que se ha llamado " el primer genocidio del siglo veinte". Diversos diarios franceses tuvieron exactamente la misma idea de título para esas notas: "Genocidio de los armenios: cien años de soledad".

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vendredi 17 avril 2015

Mendiants estropiés


Quelques dessins du livre Cendres des hommes et des bulletins, en collaboration avec Pierre Senges. Il s'agit d'une série de variations et réinterprétations graphiques et littéraires, autour du tableau Les mendiants estropiés, de Pieter Bruegel (ou Brueghel), peint en 1568.
/// Algunos dibujos del libro Cenizas de hombres y de boletines, en colaboración con Pierre Senges. Se trata de una serie de variaciones gráficas y literarias alrededor del cuadro Los Mendigos estropeados, de Pieter Bruegel (o Brueghel), pintado en 1568.

lundi 6 avril 2015

Heidegger dans le brouillard

Un dessin pour Le Monde daté du sept avril. Ou comment des philosophes et des professeurs de philosophie, mais aussi des éditeurs, des traducteurs, des directeurs de collection et d'autres gens encore se mirent à craindre les Cahiers noirs du philosophe Martin Heidegger.
/// Heidegger en la niebla. Un dibujo para Le Monde de mañana.
O como filósofos y profesores de filosofía, pero también editores, traductores, directores de colección y otros más todavía, empezaron a temer los Cuadernos negros del filósofo alemán Martin Heidegger.

samedi 14 mars 2015

Des mots étrangers

N'ayons pas peur des mots étrangers. Un dessin pour le magazine L'Express.
/// No temamos las palabras extranjeras. Dibujo para la revista L'Express.

vendredi 27 février 2015

L'impossible portrait robot du djihadiste


Un dessin pour Le Monde de ce week end. De l'encre de chine à la plume, sur papier, rien de plus: l'essence même du dessin. Et du bonheur.

"J'enregistre des conversations avec un dessinateur de portraits-robots, c'est un policier qui dessine de portraits-robots depuis trente ans. Il traduit les mots en dessins. [...] Je cherche à comprendre mieux ce phénomène de la ressemblance à travers la parole, la précision, de l’exactitude: savoir dessiner quatre mille pommettes différentes. Dessiner toute la vie des visages et ne jamais apprendre à bien les dessiner. [...] Il semble qu'aucun de ces dessinateurs n'ait une formation académique. Ici l'instrument du style est impossible."
Stefano Ricci, Dépôt noir 02, étions Amok, 2002.
...
/// El imposible Identi-Kit del djihadista. Un dibujo para Le Monde de este fin de semana. Tinta china con plumín sobre papel, nada más: la escencia del dibujo. Y de la felicidad.

"Grabo entrevistas con un dibujante de Identi-Kits, es un policía que dibuja Identi-Kits desde hace treinta años. Traduce las palabras en dibujos. [...] Intento comprender mejor ese fenómeno del parecido a través de la palabra, de la precisión, de la exactitud: saber dibujar cuatro mil pómulos diferentes. Dibujar rostros toda su vida y no poder nunca dibujarlos bien. [...] Parece que estos dibujantes no tienen ningúna formación académica. Ahí el instrumento del estilo es imposible."
Stefano Ricci, Dépôt noir 02, ediciones Amok, 2002.


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mercredi 18 février 2015

Vieux démons de la classe moyènne


Vieux démons de la classe moyenne
"Et donc tout ce qu'il avait fait dans la vie il l'avait fait pour qu'on l'appelle "monsieur". Et donc il économisa de l'argent et ouvrit une quincaillerie. On ne vivait qu'une seule fois et il ne s'était pas si mal débrouillé. Non monsieur. Dehors, dans la rue, on pouvait s'entretuer. Mais lui il avait sa maison, son refuge, où il était le propriétaire, où l'on pouvait vivre en paix, où tout était à sa place, où il était respecté. La seule chose qui le désespérait était l'insomnie. Il était déjà quatre heures du matin. La brume s'épaississait. Un lourd silence tombait sur Buenos Aires."
Germán Rozenmacher, Cabecita Negra, 1962.
/// Viejos demonios de la clase media
"Y entonces todo lo que había hecho en la vida había sido para que lo llamaran "señor". Y entonces juntó dinero y puso una ferretería.  Se vivía una sola vez y no le había ido tan mal. No señor. Ahí afuera, en la calle, podían estar matándose. Pero él tenía su casa, su refugio, donde era el dueño, donde se podía vivir en paz, donde todo estaba en su lugar, donde lo respetaban. Lo único que lo desesperaba era ese insomnio. Dieron las cuatro de la mañana. La niebla era más espesa. Un silencio pesado había caido sobre Buenos Aires."
Germán Rozenmacher, Cabecita Negra, 1962.

mardi 27 janvier 2015

Comme de mendiants estropiés


Retour à la normale? Depuis le 7 janvier, on marche à l'aide de béquilles, comme ces Mendiants estropiés inspirés par Bruegel. On nous a coupé quelque chose, on ne sait pas encore exactement quoi. On ne sait pas si cette amputation va s'infecter, ou si elle va au contraire guérir, et nous permettre de remarcher à peu près comme avant. À peu près.
Ces cul-de-jatte d'après Bruegel sont les héros d'un projet de livre, que je suis en train de terminer ces-jours-ci. Mais aujourd'hui je les regarde d'un œil nouveau.
///Como mendigos estropeados. Vuelta a la normalidad? Desde el 7 de enero, caminamos con muletas, como estos Mendigos estropeados, inspirados por Bruegel. Nos cortaron algo, no sabemos todavía exactamente qué. No sabemos si la amputación se va infectar, o si al contrario va a curarse y permitirnos caminar más o menos como antes. Más o menos.
Estos lisiados a la Bruegel son los héroes de un proyecto de libro, que estoy terminando en estos días. Pero hoy los miro de otra manera. 
otra manera.